S’il n’était pas déjà sous le sapin, Star Wars : Battlefront 2 risque fort d’être encore au sommet des listes d’achats. On a justement profité des fêtes pour prendre le temps de manger des biscuits, boire du thé de Noël et faire la guerre dans les étoiles.
Sorti à peine quelques jours avant le film Les derniers Jedi (qui a dit « hasard du calendrier » ?), le nouveau-né de la franchise intergalactique a la lourde de tâche de repêcher les joueurs qui avaient rapidement déserté les serveurs du premier épisode en 2015. On avait trouvé celui-ci plutôt sympathique mais il perdait assez vite de son intérêt, une fois l’effet « Hiiiii c’est Star Wars en super beau » passé. Comme Electronic Arts se plaît à le rappeler dans toutes leurs conférences, ils sont, je cite, « très fiers », « excités » et surtout « à l’écoute des joueurs ». Alors quand ces derniers ont hurlé au désespoir face à l’absence de campagne solo il y a deux ans, c’est tout naturellement que Battlefront 2 s’en voit doté.

Allez Chico, on met la gomme!

Dans cette campagne, on incarne Iden Versio, une femme enrôlée dans les troupes de choc de l’Empire. Il est plutôt rare de jouer du côté des « méchants » et cette proposition originale est bienvenue ! Il ne faudra pourtant pas longtemps pour qu’Iden ne retourne sa veste. Les événements relatés débutent juste au moment de l’explosion de la seconde Étoile de la Mort (Le Retour du Jedi) et on assiste, pour une fois, au point de vue de l’autre camp. On commence donc par dérouiller de la « pourriture rebelle »© sur Endor (mais pas d’Ewoks, Disney aura certainement mis son veto), mais au bout de deux missions déjà, le doute commence à germer dans l’esprit d’Iden. Cette prise de conscience que l’Empire c’est vraiment rien que des méchants arrivera notamment suite à une expérience mystique de son lieutenant, guidé par un illustre personnage. Les limites entre le Bien et le Mal redeviennent alors très manichéennes. Cela n’empêche pas que cette aventure soit plutôt divertissante. Histoire de remettre le Temple Jedi au milieu du village, je précise, si vous n’avez pas lu ma bio en bas de page, que Star Wars fait toujours naître en moi un sentiment d’exhalation, que certains qualifieraient d’attitude de fan boy. Tss, les mauvaises langues. Bantha poodoo! Qu’est-ce que j’y peux si les premières notes du thème de John Williams me collent la chair de poule à chaque fois? De manière assez évidente, j’ai donc plutôt apprécié cette campagne. Retrouver des environnements connus ou vivre des scènes plutôt épiques à bord d’un X-wing ou à pied sur la coque d’un croiseur impérial en chute libre, c’était du bon!

Fan Solo

Le passionné de Star Wars sera comme un gamin dans un magasin de bonbon. Mais attention à l’indigestion. Tout est fait pour dire au joueur « T’as vu ça? C’est Star Wars! Et là t’as vu, c’est le Faucon Millenium, c’est Star Waaars! Et lui là tu le reconnais, c’est Lando Calrissian! ». Lors des séquences où l’on incarne un héros familier de la saga, la caméra passe automatiquement à la 3e personne et impossible de la changer. Il sera quand même dommage qu’on ne VOIT pas, comme le nez au milieu de la figure, qui l’on incarne! Vu ma condition mentionnée précédemment, ça ne m’a pas vraiment dérangé et j’ai même souri plusieurs fois, notamment lors de la réutilisation « subtile » d’un plan iconique de la bande-annonce du film Rogue One, qui n’a pourtant pas passé la table de montage final. Je me demande cependant si quelqu’un de moins accro y trouvera le même plaisir. Si certaines séquences font preuve d’originalité (et auraient tout à fait leur place dans un film), cette campagne reste assez linéaire. Pas nécessairement dans son level design, puisque j’étais assez surpris de découvrir parfois plusieurs chemins pour atteindre un objectif (ce n’est pas non plus un monde ouvert, hein), mais plutôt dans ses mécaniques. En mode normal, cinq petites heures m’ont suffi à en faire le tour. Bien que coécrite par Walt William et Richard Pearsey (tous deux scénaristes de Spec.Ops: The Line et de F.E.A.R. et Resident Evil 7 pour le second), on aurait pu attendre un peu plus de subtilités. N’espérez pas non plus obtenir de grosses révélations sur les films 7-8-9 (qui en auraient pourtant bien besoin!) [NDZyvon: pourtant il parait que l’héroïne de la campagne solo pourrait être la mère de XXX :-)]. Cette réalisation « grand spectacle » et efficace est l’œuvre de Motive Studios, récente division d’EA, qui bosserait actuellement sur un nouveau projet Star Wars à la place de Viceral Studios (Dead Space, Battlefield Hardline, récemment fermé par EA). Visuellement, ça reste très impressionnant et les environnements, plein de détails, sont plaisants à explorer. Ceux-ci se retrouveront également comme champ de bataille pour le mode multijoueur.

L’Attaque du Clone

Le plat de résistance, c’est bien entendu les affrontements en ligne jusqu’à quarante joueurs, se déroulant sur une dizaine de planètes, issues des trois séries de films. Cette diversité est clairement à saluer par rapport aux chiches quatre maps du premier jeu. Plusieurs modes sont proposés, allant du simple match à mort par équipes, aux affrontements de héros, en passant par les batailles spatiales. Mais l’intérêt principal réside dans les « assauts galactiques ». Un peu comme le modèle de Battlefield dans lequel il faut capturer des points pour faire avancer son camp et prendre l’avantage sur l’adversaire, divers objectifs demandent ici d’être remplis avant de pouvoir passer à la séquence suivante. S’il s’agit, la plupart du temps, de simplement se tenir à côté d’un point pour le saboter/pirater/capturer, certains demandent un peu plus de stratégie, comme lorsqu’il faut ramasser des lance-roquettes pour descendre des AT-AT sur Hoth ou un canon ionique pour stopper la progression d’un transporteur de troupe sur Naboo.


Compléter ces objectifs donne lieu à des points de bataille que l’on peut dépenser avant chaque réapparition. Ceux-ci peuvent servir à incarner un héros (préalablement débloqué) ou un véhicule qui permettront de donner un avantage. Si vous n’êtes pas assez bon, ces points tomberont au compte-goutte, il faudra vous contenter de choisir entre les quatre classes de troupe pour tenter un nouvel assaut. Ces classes, grandes absentes du premier Battlefront, sont assez classiques: commando, soldat lourd, spécialiste et officier. Chacune bénéficiant de gadgets et d’armes propres. Malheureusement, on ne voit pas beaucoup de différences sur le terrain. Même si l’on joue avec des amis, les escouades ne sont pas formées en groupe, comprenez que même si Jorris-de-Fellowsheep jouait dans le même camp que moi, on ne tombait que très rarement dans le même groupe d’attaque. Ceux-ci sont générés aléatoirement en regroupant les joueurs en attente de réapparition. Malgré l’indication que les points sont plus nombreux si les membres du groupe restent proches, la majeure partie du temps tout le monde se disperse et fonce dans le tas. L’accent est donc plutôt mis sur l’action individuelle, ce qui est un peu dommage, puisque l’on perd une forme de complicité avec nos amis qui se retrouvent à l’autre bout du champ de bataille. Les maps ont beau être ouvertes, elles se terminent bien souvent dans des couloirs étroits, dans lesquels tout le monde se bouscule et balance des détonateurs thermiques à tout va, dès qu’une porte s’ouvre. On entre alors dans une forme de routine qui ne permet, visiblement, qu’à des joueurs ayant des « 3 » à la place de « e » dans leur pseudo de prendre le dessus (comprenez ce que vous voulez à cette phrase). L’effet « Star WAAAAARS » tend un peu à se dissiper à la sixième mort consécutive après dix pas faits hors de la zone de respawn. Et commence alors à s’installer l’impression de n’avoir qu’une version simplement enrichie du premier jeu. On est en droit de se demander s’il était alors vraiment nécessaire de la sortir si proche de la précédente.


Exécutez l’ordre 66.99.-

Il est difficile de parler de Battlefront 2 sans aborder la question de son système de loot box qui a fait beaucoup parlé de lui. Dans les premières annonces et à la sortie du jeu, le coût de personnages emblématiques comme Luke ou Vador était outrageusement élevé. Il fallait donc passer un nombre incalculable d’heures de jeu pour espérer les jouer. Ou faire chauffer sa carte de crédit. EA s’est excusé de cette pratique et a « écouté les joueurs » en annonçant une baisse de prix. Sans mentionner que les points offerts en récompense diminuaient également, ce qui ne faisait que reporter le problème. Après une nouvelle « écoute attentive des joueurs, excuses aux familles, tout ça tout ça », EA a encore revu ses exigences à la baisse. Je ne suis pas sûr exactement de l’évolution de ces montants, mais toujours est-il qu’une simple soirée passée en multi, et avoir fini la campagne dans son intégralité, m’ont permis aisément d’acheter l’intégralité des personnages.

En revanche, ce qui reste plus dérangeant, c’est l’omniprésence du système de carte pour améliorer les performances en jeu. On en parlait déjà dans Need for Speed Payback et La Terre du Milieu: l’Ombre de la guerre, mais ici, il devient difficile de rivaliser avec des joueurs équipés de « cartes des Étoiles » (ce nom…). Bonus de défense, d’attaque, effets de zone ou gadgets offensifs, ces atouts se débloquent aléatoirement dans ces fameuses loot box, des caisses que l’on achète avec les points du jeu ou de l’argent réel, sans connaître à l’avance le contenu de son achat. Cette pratique s’approche dangereusement des jeux de hasard et plusieurs actions politiques, notamment en France, en Belgique et aux États-Unis sont en court. Ce qui a même conduit Apple (puisque ce genre d’opération a fortement grandi parmi les jeux mobiles avant de s’appliquer aux jeux PC et consoles) à modifier les informations disponibles dans l’AppStore, en obligeant désormais les applications à indiquer un taux de probabilité d’obtention avant un achat. En Suisse, le sujet n’a pas fait beaucoup de vague, pour le moment. Pourtant il relève d’une actualité brûlante puisque le Conseil National est en pleine révision de la Loi sur les Jeux d’Argent (LJAr) et que cette nouvelle version entre-ouvre (ou ignore) certaines frontières entre le jeu de hasard et le jeu vidéo. Il y est stipulé que les « jeux d’adresse » (jeux d’argent dans lesquels le gain dépend totalement ou principalement de l’adresse du joueur) ne sont pas concernés par cette loi. Or, le jeu vidéo correspond justement à cette définition. Bien qu’il n’y ait pas de gain pécuniaire dans notre hobby favori, la pratique des loot box ressemble à un jeu dans le jeu. L’excitation à l’ouverture des boîtes peut s’apparenter à celle précédant l’attente d’un gros lot, ce qui représente l’un des facteurs de risque majeur de jeu excessif. L’évolution de ces usages et à surveiller de près, mais cela représente également, selon moi, une excellente manière d’aborder les questions de valeurs et de qualité de contenu, notamment avec les plus jeunes joueurs.

Hier soir, sur un serveur peuplé, très peuplé
Une fois les blasters rangés et les cuves bacta nettoyées, c’est l’occasion de se poser à la cantina et de faire le point autour d’un bon vieux lait bleu. L’effet « Wouawouuu c’est Star Wars » fonctionne toujours, pour autant que vous soyez accro à la saga. Ensuite, on déchante assez vite en retrouvant un FPS somme toute assez classique, auxquel nous a habitué DICE sur ces dernières années. Visuellement, Battlefront 2 reste impeccable, mais peut-être mériterait-il sa place dans votre ludothèque lorsqu’il fera l’objet de prix réduit. En espérant que le nombre de joueurs intéressés présents en ligne soit toujours suffisant à ce moment-là.
Note: 6 Leia of Steel sur 10
Également disponible sur Xbox One et PS4
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